Sur le Laugavegur – Emstrur à Þórsmörk

Trajet emprunté tel que capturé par mon GPS de randonnée. Il manque une section depuis Emstrur car j’avais oublié de démarrer mon GPS.

Comme je dois prendre l’autobus à 15h00 à Basar (Þórsmörk), j’entreprends la dernière étape très tôt, à 5h30, afin de m’assurer de ne pas manquer mon autobus. Je pars donc au moment où le soleil est en train de se lever.

Après environ 2 km de marche, j’amorce une descente qui mène vers un canyon, puis je traverse sur un pont de l’autre côté de la falaise qui borde le canyon. Plus loin, en longeant la falaise, on doit s’aider d’une chaîne fixée au roc pour se tenir car le sentier est assez étroit. Des poignées aident même à monter une courte section qui est plus abrupte. Tout le long de ce sentier, on aperçoit au loin le glacier Krossárjökull qui semble couler vers nous.

Je vais continuer ainsi pendant plusieurs kilomètres.

Je prends moins de photos durant la marche, comme si je craignais d’arriver trop tard à destination et de manquer mon autobus. J’ai pourtant une grosse banque d’heures disponibles pour marcher sans me presser, un bon neuf heures pour ne faire que 15 km…

Le paysage est plus plat aujourd’hui. Il y a bien quelques montées pour passer d’un plateau de montagne à un autre, mais rien de difficile.

Après quelques heures de marche, je me retrouve à nouveau dans un champ de lave. Le sable est noir, et d’énormes roches sont disposées ça et là. Je marche sans vraiment penser à rien, un peu comme si j’étais sur le pilote automatique.

Tout à coup, sans avertissement, une immense émotion apparaît en moi et me submerge. Je reste là, sans marcher, une bonne trentaine de secondes pendant qu’elle me traverse. Puis, un peu sous le choc par ce qui vient de m’arriver, je recommence à marcher en me demandant ce que c’était et d’où ça venait.

Quand j’ai entrepris le chemin de Compostelle en 2018, c’était un rite de passage pour mon fils pour souligner qu’il faisait son passage au monde adulte. J’ai toujours trouvé important de faire des rites pour marquer les étapes importantes de la vie. Pour moi les rites sont en quelque sorte des bornes sur le chemin de la vie. Au lieu de marquer la distance, ils marquent un moment dans le temps.

Ce voyage en Islande je l’ai fait pour marquer une nouvelle étape de ma vie. Celle où après avoir été parent à temps plein durant deux décennies, je deviens parent à temps partiel parce que les enfants ont grandi et qu’ils commencent à quitter la maison. Ce voyage, je le voyais comme une façon pour moi de dépasser les rôles que la vie nous amène à jouer et qui immanquablement finissent par nous définir complètement. Une façon de me reconnecter à mes racines, à la nature, à ma vraie nature. L’Islande m’apparaissait comme l’endroit tout désigné pour faire ce passage, cette transition.

Quand je suis parti en Islande, je n’avais pas d’attente. Je ne cherchais pas à avoir une illumination durant mon voyage. Je cheminais simplement, une étape à la fois, à me remplir les yeux et l’esprit de tout ce que je pouvais voir. Ça m’a pris plusieurs heures pour comprendre cet instant particulier où j’ai été renversé par cette émotion. D’où elle venait en particulier et ce qu’elle voulait me dire.

Je comprends aujourd’hui avoir vécu une expérience de résonance. Souvent, on voit la nature comme quelque chose d’extérieur à nous. En réalité, la nature nous habite. Cette expérience de résonance que j’ai vécue, c’était un volcan en moi qui entrait en éruption. Pour me faire comprendre que là, en moi, dans une partie cachée et toute en profondeur, se cachait une source qui ne demandait qu’à pouvoir remonter et s’exprimer dans le monde extérieur. En voyageant dans ce pays de volcans, je venais de me faire assimiler par lui. Les volcans que j’observais à distance depuis quelques jours venaient de résonner en moi. À leur façon, et par le seul langage qu’ils connaissent, les volcans venaient de faire vibrer, comme un diapason, mon volcan intérieur.

Je sais que ça peut paraître poétique ce que je raconte, mais c’est la façon la plus proche que j’ai de raconter cette expérience comme je l’ai vécue. Comme la lave d’un volcan, cette émotion a surgi en moi sans avertissement, partant du plus profond pour remonter à la surface. Je me souviendrai toujours de ce moment unique.

Je n’avais pas d’attente en faisant ce voyage, sinon celui de voir de magnifiques paysages, de voir des volcans. J’ai compris par la suite que les volcans de l’Islande venaient eux aussi de venir à ma rencontre pour me parler.

Les derniers kilomètres avant d’atteindre Þórsmörk amènent avec eux un tout nouveau type de paysage. L’aridité des paysages volcaniques où tout est pierre, sable et mousse, laisse place à la végétation, et chose quand même rare en Islande, à des forêts.

Après la traversée d’une dernière rivière avant Þórsmörk, nous croyons y être. Mais pour nous faire comprendre qu’un effort reste à donner, les trois derniers kilomètres seront tous en montée parfois abrupte. Après l’arrivée au sommet d’une montagne et une dernière descente pour redonner au sentier tous ces mètres d’altitude gagnés, c’est l’arrivée au refuge de Langidalur, le site central de Þórsmörk.

Le temps de prendre un rafraîchissement au refuge de Langidalur, puis c’est le départ vers le site de Basar, deux kilomètres plus loin. Une nouvelle rivière à traverser, la Krossá, cette fois sur pont mobile. Il suffit de repérer à quel endroit le pont mobile est installé puis de traverser la rivière en toute sécurité. Ici il serait vraiment dangereux de traverser à gué.

Je suis maintenant rendu à ma destination finale. L’autobus passera dans environ deux heures. C’est le temps pour moi d’un moment relaxe et d’une petite récompense à saveur d’Islande…

Au final, j’aurai réalisé le trajet suivant:

https://www.google.com/maps/d/edit?mid=1PfjVwLEWXnZ1w0WnuiYn4MD-Yey8Nt0&usp=sharing

À l’arrivée de mon autobus, c’est le temps de prendre le chemin du retour vers Reykjavik. Séjour que je ferai à l’hôtel en chambre privée cette fois-ci. Seule particularité de l’hôtel, très convenable, est que la chambre de bain est située face à la chambre, de l’autre côté du corridor qui les sépare. Pour aller aux toilettes, il faut donc être présentable. Et surtout ne pas oublier sa carte d’accès car on se retrouverait alors prisonnier entre deux mondes, en plein corridor. Un rite de passage que cette fois on ne souhaite pas vivre du tout…

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