
Hier soir, des orages se sont déclarés en soirée et dans la nuit. Même si le temps est très pluvieux dans la région où nous sommes, nous avons la chance de ne pas recevoir cette pluie durant la journée. Cela nous permet de voyager sans notre poncho… la plupart du temps.

Qui dit pluie, dit terrain détrempé. Ce qui était hier des sentiers détrempés est devenu aujourd’hui, avec toute la pluie tombée durant la nuit, des sentiers inondés.

Généralement, nous préférons marcher sur des routes de terre et éviter la marche sur les chemins asphaltés. Depuis quelques jours, ces préférences sont inversées; sur les routes de terre nous ne savons jamais si les conditions seront praticables. Quant elles le sont, les conditions sont souvent mauvaises.
Avec les accumulations d’eau, les alternatives pour contourner les zones impraticables deviennent de plus en plus réduites. Aujourd’hui, par exemple, nous marchons dans un sous-bois. J’entends au loin le son d’un rapide. Je me dis qu’un beau ruisseau va bientôt être visible. Je ne me trompe pas. Sauf que ce que je découvre, c’est que le ruisseau en question traverse le sentier sur une dizaine de pieds. Pas moyen de le contourner. Il est trop large pour sauter par-dessus. L’eau doit bien faire un bon trente centimètres de profondeur, donc pas question de marcher dedans.


J’observe le rapide et vois deux roches espacées qui affleurent sa surface. Je me dis qu’en les utilisant comme pont, je devrais être bon pour traverser ce ruisseau sans mouiller mes pieds. Je pose donc mon pied gauche sur la première roche pour sonder sa stabilité. L’eau passe par-dessus mes souliers mais pas jusqu’au niveau de la cheville. La roche semble stable. Avec un bâton je sonde la deuxième roche qui elle est un peu plus enfoncée dans le ruisseau. Elle me paraît stable. Je pose donc le pied droit sur cette roche en me disant que je n’aurai pas besoin d’y laisser mon pied bien longtemps; je peux ramener mon pied gauche sur l’autre rive en basculant. Le temps de faire l’opération, un peu d’eau entre dans mon soulier droit, mais je m’en tire quand même assez bien.
En sortant du sous-bois, je retrouve un groupe de pèlerins qui sont en train de changer de bas ou de remettre leurs souliers. Certains ont tenté la même expérience que moi et ont mouillé leurs deux pieds (souliers et bas compris), d’autres ont choisi d’enlever leurs souliers et de marcher directement dans le ruisseau au risque de glisser et de tomber.
Certains pèlerins sont un peu à bout. Depuis quelques jours, nous marchons dans la boue, évitons les sections du chemin qui sont inondés, mais sommes parfois obligés, comme avec ce ruisseau aujourd’hui, de faire avec.
Les cours d’eau sont saturés; la Baïse qui traverse Condom est de couleur boueuse elle-aussi. Signe que la pluie a été trop abondante ces derniers jours. J’ai entendu des résidents de Condom discuter d’une route inondée, envahie par la boue.

Voyant ces conditions, nous décidons de ne pas aller plus loin que Condom, après 14 km de marche. Les prévisions météo n’annoncent pas de nouvelle pluie avant lundi prochain. Nous laisserons donc le soleil faire son travail aujourd’hui en espérant que les conditions seront meilleures demain. Le ciel est encore gris la majeure partie de la journée mais en fin d’après-midi on voit finalement du bleu apparaître de plus en plus.
La décision de ne pas aller plus loin que Condom n’aura pas d’impact sur nos étapes car c’était la destination prévue initialement. Nous aurions aimé pouvoir nous rendre plus loin, histoire de gagner une étape et la mettre en réserve pour des besoins futurs. C’est partie remise.



Il nous reste encore dix étapes avant d’atteindre l’Espagne. Demain notre destination est Montréal-du-Gers. Nous n’avons que 16 km à faire. Certaines des étapes avant l’Espagne seront costaudes (33 km, 27 km, 31 km, 31 km). C’est donc sans doute une bonne chose que nous puissions reposer nos jambes avec quelques étapes courtes car elles seront très sollicitées dans les étapes suivantes.