« Une réponse, c’est forcément le chemin qu’on a déjà parcouru. Seules les questions peuvent montrer le chemin qu’il reste à faire. »
Jostein Gaarder

Au déjeuner ce matin, nous discutons avec la dame qui gère le gite et je lui demande si elle a déjà eu l’occasion de faire des étapes du chemin de Compostelle. Elle me répond que non. Puis nous indique qu’elle aime beaucoup la pêche et que son rêve est de venir pêcher au Canada. Comme quoi les possibilités de chaque pays font rêver les habitants des autres…
Nos deux compagnons, Herbie (le Suisse) et Norvis (le Nicaraguayen), avec qui nous avons partagé la chambre hier sont partis tôt ce matin. Ils en sont déjà à leur quarantième jour du chemin, ayant commencé sur une autre variante en Europe. Herbie nous montre avec fierté la taille maintenant trop grande de ses pantalons d’origine et nous mentionne que nous serons bientôt capables, comme eux, de faire des distances de plus de 30 km dans une journée sans effort.
Fait amusant, quand Norvis a appris que nous venions du Québec, il nous a dit que son chanteur préféré venait du Canada. Je lui ai alors demandé qui était ce chanteur et il nous a répondu : « Roche Vossy ». Sur le coup, mon fils et moi étions incapables de savoir à qui ça correspondait. Après quelques minutes, la lumière s’est allumée. Je lui ai demandé si son chanteur était « Rock Voisine » et en entendant ce nom, son visage s’est illuminé et il a dit « Oui ! Oui ! ».
Nous lui avons promis que si jamais on rencontrait Rock Voisine au Québec que nous lui dirions qu’il avait un grand fan au Nicaragua.
Plus tard, au moment de négocier l’heure de réveil (une entente qui s’établi au moment de fermer les lumières), Norvis nous a demandé si c’était OK de mettre son réveil-matin à 6h45. Je lui ai répondu que c’était OK tant que son alarme ne faisait pas jouer une chanson de Rock Voisine… 😈
Le départ s’est fait sous la pluie aujourd’hui. Nous avons conservé poncho et guêtres sur presque la totalité du trajet. Je mentionnais dans mes messages précédents que nous avions souvent l’impression de marcher dans des sentiers créés par des ruisseaux asséchés. Je peux confirmer aujourd’hui que c’est bien le cas. Sauf que les ruisseaux n’étaient plus asséchés, mais bien vivants.


Nous avons amorcé en début de parcours une montée classée difficile. Avec les conditions de pluie d’aujourd’hui, elle l’était encore plus. Le sentier était en fait redevenu un ruisseau qui évacuait la pluie accumulée plus haut en montagne. Le sol argileux était glissant et la seule façon sécuritaire de faire la montée était de marcher directement dans le ruisseau. Si on essayait de rester sur les bords, le sol argileux glissant nous ramenait inlassablement dans l’eau. Façon claire pour le chemin de nous dire qu’il voulait qu’on marche dans l’eau.
Heureusement, le niveau de l’eau était insuffisant pour entrer dans nos souliers de randonnée. Par contre avec l’argile et la boue dans les sections plates, nous avons royalement peinturés couleur orangée nos souliers et nos guêtres. Dans certaines sections du chemin, il a aussi fallu se résoudre à se mettre les pieds dans de l’eau profonde car il n’y avait pas d’autre alternative si nous voulions continuer à avancer; clôture de barbelé de chaque côté, flaque d’eau de 20 cm de profondeur devant nous. Était-ce une façon pour le chemin de nous faire comprendre que parfois pour avancer, il faut se mouiller ?
À notre arrivée à Estaing, nous avons constaté que d’autres pèlerins qui étaient derrière nous au départ étaient déjà arrivés. Ceux-ci nous ont avoué avoir pris le taxi pour compléter le trajet sous ces conditions.
Parlant d’arrivée, celle à Estaing est spectaculaire. On longe une route départementale et bien qu’on aperçoit le château d’Estaing en partie à travers le feuillage dans les derniers cent mètres, c’est au moment où on arrive en face du château que la vue, volontairement ou non, n’est plus obstruée par la feuillage des arbres. Nous voyons alors, d’un seul coup d’œil, le château et tout le village qui l’entoure. Voir les photos dans le message contenant les photos.





Pour la première fois aujourd’hui, nous n’avons pas réservé d’avance notre gite d’étape. À notre arrivée à Estaing nous nous sommes plutôt dirigés vers le gite communal et avons attendu l’heure d’accueil des pèlerins pour obtenir une chambre.
Le gite en question a été aménagé dans une ancienne chapelle. L’aménagement est moderne et très bien pensé. Bien que nous soyons dans une section qui abrite 8 places, celles-ci sont divisées de façon à garder à chaque place un peu d’intimité. Nous sommes en fait au 2ième étage qui correspond à la voûte de l’ancienne chapelle. Très beau gite.
Demain, la destination sera Espeyrac (idéalement) ou Golinhac si nous ne pouvons obtenir une place réservée à Espeyrac. Je crois que les prévisions météo sont encore à la pluie. Je dois dire que nous avons hâte de retrouver le soleil et des températures plus clémentes. Jusqu’à maintenant, le manteau a été de mise tous les jours, sauf pour quelques occasions.`
Mais même la pluie et les directives parfois un peu sadiques du chemin ne réussissent pas à entamer notre enthousiasme. Nous avons bien du plaisir à découvrir ce que le chemin nous apporte.
Bonne fête à toutes les mères !
